Peinture

Corps pétris d’angoisse, lentement surgis, par touches de pastels successives, de l’ombre, du fond de la nuit du papier noir, hagards. Ils portent encore des bandelettes, les traces d’ocre de leur ensevelissement, et c’est cela même, leur enveloppe de terre, qui les rend visibles.
Corps convulsés. Chacun se love sur son vide, sur son trou noir ; et dans ce trou est un autre corps, qui pareillement veut enlacer le premier. Chacun veut éperdument saisir, comme la main qui dessine, la corporéité de l’autre. Parfois ils s’en mangent les mains. Dessin d’étreinte, comme Schiele, mais qui n’attrape que des fantômes, dont la présence, la prégnance ont cependant toute la force de la hantise. Parfois, ils sont plusieurs ; ils s’inclinent, ils tanguent, dans une chorégraphie hésitante et sans attache. On imagine que de leur tête sans visage, qui n’est peut-être qu’une bouche obscure, s’exhale une mélopée grégorienne et sauvage, qui, comme dans le Requiem polonais de Penderecki, s’enfle et retombe à l’improviste comme la rumeur des éléments, comme court le vent dans les champs de blé.
Lazares.
Fernand Cambon
Pastels
Cela frémit, cela s’agite, cela remue, cela se lève, cela lève, cela se love, cela se déploie, cela s’emmêle, cela s’étreint, cela s’amoncelle, cela se superpose, cela se tord, cela se vrille, cela se convulse, cela se contorsionne, cela se détend, cela se dresse, cela se torsade, cela tourbillonne, cela explose, cela s’éclabousse, cela se disperse et se vaporise, en gouttelettes, en gerbes, cela retombe, cela s’écroule, cela se désagrège, cela se noue, cela se coagule, cela se comprime, cela se lie, en contours nets, appuyés, cela s’entrelace inextricablement.
Et ce faisant, cela hurle, cela exulte, cela éructe, cela vocifère, cela bégaie, cela murmure, cela marmonne, cela chantonne, cela se tait, cela vagit, cela râle, cela étouffe. Muettement.
A peu près au centre de la toile, souvent, un petit espace ménagé, vaguement rectangulaire, blanc. Ce blanc n’est pas rapporté. Le tableau ici seulement s’entrebâille sur son support nu. Est-ce là comme une lucarne qui ouvrirait discrètement sur quelque lumière extérieure, comme une timide percée dans le mur de la prison viscérale, un orifice par où cela pourrait « naître » ? Ou bien est-ce manière de suggérer que toute cette pâte et ces couleurs amassées ne viseraient secrètement qu’à leur propre ultime effacement, à faire place nette devant le jour dessillé de la Chose même ?
Ne serait-ce pas plutôt indication de la tache aveugle, du point non figurable dont s’origine toute l’irradiation colorée ? Œil du cyclone, ombilic blanc qu’aucun savoir ne pourra jamais recouvrir, source qu’il faut savoir garder descellée afin que toujours et toujours elle jaillisse. Le tableau est la vasque qui en recueille les retombées.
Fernand Cambon
Technique mixte
Ici la substance matérielle est en métamorphose permanente : le mouvement suggère une douloureuse communication et, débordant ses propres limites, répand une énergie latente. La matière perd ses qualificatits de poids et d’extension et n’est plus que mouvance nourrie de pulsions intérieures ; elle se désagrège pour donner vie à un univers autonome régi par ses propres lois et soumis à un ordre de forces inconnues.
Nikola Kovac
Dessins
Liste des expositions
– Espace Gaîté-Montparnasse (exposition individuelle) : novembre 1995
– Atelier Patrick Guérard (exposition individuelle) : mai 1996
– Musée de la ville de Korcula, Croatie (exposition individuelle) : juillet 1997
– Société Générale : novembre 1997
– Galerie Leonardo (exposition individuelle) : mai 1998
– Galerie Leonardo (exposition collective) : juin 1998
– Centre culturel de Saint-Nazaire (exposition individuelle) : novembre 1998
– Galerie Leonardo (exposition collective) décembre/janvier 1998/99
– Galerie Leonardo (exposition individuelle) : novembre/décembre 1999
– Petite Galerie, rue de Seine (exposition collective) : mars 2001
– Galerie Leonardo (exposition collective) : juin/juillet 2001
– Galerie Vapor, Korcula, Croatie (exposition collective) : août 2001
– Galerie Interdit, Shanghai (exposition individuelle) : août-septembre 2001
– Galerie Le Lys (exposition individuelle) : février-mars 2002
– Centre Culturel Français, Zagreb (exposition individuelle) : mars 2002